À Mayotte, le régime des jours fériés ne se résume pas aux règles nationales. Un accord interprofessionnel de 1998 et une ordonnance de 2017 créent des obligations spécifiques dont une erreur classique expose les employeurs à 3 ans de rappel de salaire.
Mai est toujours l'occasion de remettre à plat les règles sur les jours fériés. Mais à Mayotte, cette vérification est particulièrement importante : le département dispose d'un régime propre qui superpose le droit commun national, un accord interprofessionnel local et des jours fériés religieux dont les statuts diffèrent parfois de façon contre-intuitive.
Résultat : de nombreux bulletins de paie mahorais traitent certains jours fériés de façon incorrecte, exposant les employeurs à des rappels de salaire sur 3 ans et à des bulletins non conformes.
Ce guide fait le point sur les 3 catégories à distinguer, les règles de rémunération applicables à chacune, et les vérifications à effectuer dès maintenant dans votre logiciel de paie.
Mayotte est un département français depuis le 31 mars 2011, mais la mise en conformité progressive de son droit du travail avec le droit commun a suivi un calendrier particulier. Plusieurs textes coexistent encore aujourd'hui :
C'est cette superposition de textes qui crée la complexité et les erreurs.
Catégorie 1 — Jours obligatoirement chômés et payés (rémunération doublée si travail)
C'est la catégorie la plus protégée. Ces jours ne peuvent pas être travaillés sans compensation obligatoire. Si la nécessité absolue de l'activité impose quand même le travail, la rémunération est doublée : le salarié perçoit son salaire habituel + une indemnité égale à 100 % de la journée travaillée, mentionnée sur une ligne distincte du bulletin de paie.
Le 1er mai droit national, ordre public absolu
Fondé sur les articles L.3133-4 à 6 du Code du travail, le 1er mai est le seul jour férié légal dont le chômage est obligatoire pour tous les salariés de France, y compris à Mayotte, sans possibilité de dérogation. Seuls les secteurs ne pouvant interrompre leur activité (santé, sécurité, transports, hôtellerie-restauration) peuvent y faire travailler des salariés contredouble rémunération obligatoire.
Les 3 jours fériés spécifiques à Mayotte à statut renforcé
L'accord interprofessionnel du 21 août 1998 (fiche A-5-222-1 CTM) a institué trois jours supplémentaires obligatoirement chômés et payés à Mayotte, bénéficiant du même régime que le 1er mai :
⚠️ Point critique : Idi El Kébir est souvent classé à tort dans la catégorie des jours fériés ordinaires — au même niveau que Miradji ou Maoulid. C'est une erreur. Il bénéficie du statutrenforcé de l'accord de 1998 : obligatoirement chômé, payé, et rémunération doublée en cas de travail. Un salarié qui n'a pas bénéficié de ce traitement dispose de 3 ans pour réclamer le rappel de salaire.
Règles de rémunération communes à ces 4 jours :
Catégorie 2 — Jours fériés ordinaires nationaux
Ces jours fériés ne bénéficient d'aucune obligation légale de chômage. Leur chômage dépend des dispositions de votre convention collective, d'un accord d'entreprise oud'établissement, ou en l'absence d'accord de la décision de l'employeur (art. L.3133-1 C. trav.).
Les jours concernés à Mayotte :
Règles de rémunération :
Catégorie 3 — Jours fériés locaux ordinaires (fêtes religieuses mahoraises)
L'article L.3422-3 du Code du travail (issu de l'ordonnance 2017-1491 du 25 octobre 2017) reconnaît expressément que les listes de jours fériés ne portent pas atteinte aux conventions ou accords collectifs ni aux usages qui prévoiraient des jours fériés supplémentaires, notamment :
Ces trois jours suivent le régime ordinaire de la catégorie 2 : chômage selon accord ou décision de l'employeur, aucune majoration légale en cas de travail. Si votre convention collective les prévoit expressément, ses dispositions s'appliquent en priorité.
⚠️ Attention aux CCN antérieures à 2018 : l'article 31 de l'ordonnance 2017-1491 précise que les dispositions des accords conclus avant le 1er janvier 2018 continuent à produire leurseffets jusqu'à leur révision ou dénonciation. Si votre CCN prévoit des règles spécifiques sur ces jours, elles restent valables.
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Jour |
Catégorie/ Statut |
Travail = majoration? |
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1er mai |
Obligatoirementchôméet payé— national (ordrepublic) |
Oui — +100 % |
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1er janvier |
Obligatoirementchôméet payé— Mayotte (accord 1998) |
Oui — +100 % |
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Lundi de Pâques |
Obligatoirementchôméet payé— Mayotte (accord 1998) |
Oui — +100 % |
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Idi El Kébir⚠️ |
Obligatoirementchôméet payé— Mayotte (accord 1998) |
Oui — +100 % |
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8 mai, Ascension, Pentecôte, 14 juil., 15 août, 1er nov., 11 nov., 25 déc. |
Ordinaire — national |
Non (saufCCN) |
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27 avril |
Ordinaire — Mayotte (abolition esclavage, art. L.3422-2) |
Non (saufCCN) |
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Miradji, Idi El Fitri, Maoulid |
Ordinaire — local (fêtes religieuses, art. L.3422-3) |
Non (saufCCN) |
Sources : DIECCTE Mayotte — art. L.3133-1, L.3133-4, L.3422-2, L.3422-3 C. trav. — Accord interprofessionnel 21 août 1998 — Ord. 2017-1491
Erreur n°1 — Traiter Idi El Kébir comme un jour férié ordinaire
C'est de loin l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Idi El Kébir est obligatoirement chômé et payé à Mayotte, comme le 1er janvier et le lundi de Pâques. Si un salarié a travailléce jour sans percevoir la double rémunération, il peut réclamer le rappel dans un délai de 3 ans.
Erreur n°2 — Ne pas faire apparaître la majoration sur une ligne distincte du bulletin
Pour les 4 jours à rémunération doublée, l'indemnité de 100 % doit apparaître sur une ligne séparée du bulletin. La mentionner en global ou en commentaire ne suffit pas c'est uneobligation de forme issue des textes de référence.
Erreur n°3 Appliquer la condition d'ancienneté aux jours de catégorie 1
La condition des 3 mois d'ancienneté et la règle de présence avant/après le jour férié ne s'appliquent qu'aux jours fériés ordinaires (catégorie 2). Pour le 1er mai, le 1er janvier, le lundide Pâques et Idi El Kébir, le maintien du salaire semble dû sans condition d'ancienneté au regard de la structure de l'accord de 1998 mais le texte intégral de l'accord n'est pas disponible en ligne. ⚠️ À confirmer auprès de la DEETS Mayotte avant toute communication.
Erreur n°4 Confondre le 27 avril avec un jour à régime renforcé
Le 27 avril (abolition de l'esclavage à Mayotte) suit le régime ordinaire. Il ne donne pas droit à double rémunération en cas de travail, sauf disposition conventionnelle. À ne pas confondre avec La Réunion (20 décembre) dont le régime est identique mais la date est différente, ni avec les Antilles (22 et 27 mai).
Erreur n°5 Ne pas vérifier la CCN pour les fêtes religieuses locales
Miradji, Idi El Fitri et Maoulid sont des jours fériés ordinaires en l'absence d'accord. Mais si votre convention collective prévoit leur chômage obligatoire ou une majoration, cesdispositions s'imposent en particulier pour les CCN conclues avant le 1er janvier 2018 (art. 31, ord. 2017-1491).
✅ Conseil Mon Bureau RH : Un audit des bulletins de paie sur les 3 dernières années permet d'identifier les manquements avant qu'un salarié ne les soulève. Mieux vautrégulariser spontanément qu'attendre une réclamation ou un contrôle URSSAF. Notre équipe intervient à Mayotte pour ce type de vérification.
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